#8 Wanlov

Wanlov the Kubolor, un vagabond au charme fou

par Madalina Alexe

Emmanuel Owusu Bonsu, alias Wanlov the Kubolor, est un artiste décoincé, qui n’aime pas les stéréotypes. Né à Ploiesti, dans le sud de la Roumanie, d’un père ghanéen et une mère roumaine, Wanlov est très à l’aise avec sa double culture et rappelle : “Je suis très fier de mes origines, les endroits d’où je viens font ce que je suis”. Depuis 2010, le jeune artiste fait découvrir au public français son style unique, qui reflète parfaitement la personnalité, l’engagement et l’audace de Wanlov the Kubolor : l’Afrogypsy.

Un Roumain à Accra

Lors de son concert à Paris, le 12 juillet dernier, Wanlov the Kubolor racontait, devant une salle pleine : “Dans les année 70, mon père est parti du Ghana vers la Roumanie, pour faire ses études à Ploiesti (ndlr sud de la Roumanie). C’est là qu’il a rencontré ma mère et par la suite je suis né…”. Un an plus tard, la famille quitte la Roumanie communiste de Ceausescu et part s’installer au Ghana, dans la capitale. A l’âge de 7 ans, Wanlov retourne en Roumanie et ses premiers souvenirs datent de cette époque-là : “A Ploiesti, rue Cameliei, on restait toute la journée dehors avec les enfants du quartier, on faisait du vélo et du skateboard. Des fois on allait à Paulesti (ndlr commune roumaine) pêcher dans un lac artificiel. La dame à l’entrée nous demandait de payer pour y avoir accès, mais on courait tous vite et elle n’arrivait pas à tenir le pas. On utilisait mamaliga (ndlr de la polenta, façon roumaine) comme appât de pêche. D’autres souvenirs… les fraises !

Après une enfance passée entre la Roumanie et le Ghana et sept ans vécus aux Etats-Unis, Wanlov sait très bien qui il est et l’affirme à chaque occasion : “Je suis très marqué par mes expériences en Roumanie, mes grands-parents et ma mère m’ont appris beaucoup de choses. Je sens que je suis Roumain : j’ai souvent envie de manger des plats roumains, je rentre en Roumanie au moins une fois tous les ans”. A l’exception de Ploiesti, sa ville natale, Wanlov aime visiter d’autres régions du pays et les faire découvrir à ses amis : “Costinesti (ndlr au bord de la Mer Noire) nous avons retrouvé une belle folie. J’aime également Slanic et ses lacs d’eau salée. Et la montagne : je suis monté au sommet de Moldoveanu”.

Que ce soit au Ghana, en Europe ou aux Etats-Unis, Wanlov adore parler de son pays natal et tente de briser les divers stéréotypes qui existent autour de la Roumanie : “Au Ghana, les plus âgés se rappellent de Ceausescu, Hagi ou Dracula…”.

“J’aime bien jouer, mais quand il y a une cause à défendre, je réagis”

“J’aime bien jouer, mais quand il y a une cause à défendre, je réagis”

Wanlov et la France

En 2010, Wanlov était le lauréat du programme Visas pour la création de l’Institut français. Il a obtenu ainsi une résidence à Paris, à la Cité des Arts, pour préparer son troisième album – Brown Card – The African Gypsy – un mélange de high-life ghanéen, du reggae et de la musique des Balkans. “C’était pendant la periode où Sarkozy stigmatisait les Roumains, se rappelle Wanlov. Lorsque je suis arrivé à la frontière française et qu’ils ont vu mon passeport roumain, les douaniers ont commencé à me regarder avec circonspection pendant des longues minutes. Ce n’est qu’en arrivant à Paris que j’ai compris leur attitude”. Depuis, Wanlov s’obstine à parler de ses origines devant ses fans français, lors de ses concerts ou apparitions dans les médias : ”Je ne sais pas si c’est cet épisode-là qui m’a fait parler plus de la Roumanie, je pense que oui…”.

Des messages engagés

Wanlov the Kubolor est un artiste engagé, même s’il ne le reconnaît pas facilement : “Je ne suis pas très sérieux, j’aime bien jouer… mais quand il y a une cause à défendre, je réagis”.

Wanlov the Kubolor chante en pidgin, roumain et anglais

Wanlov the Kubolor chante en pidgin, roumain et anglais

Son premier album “Green Card”, sorti en 2007, est construit autour de thèmes comme l’émigration, les frontières, l’absurdité du système : “Pendant mon séjour aux Etats-Unis, mes amis et ma famille pensaient que j’allais me marier, faire ma vie là-bas et obtenir une Green Card (ndlr Carte verte). Mais ce n’est certainement pas ce que je voulais. Alors, pour rigoler, je me suis dit que l’album sera ma Green Card”. Le deuxième album, Yellow card sorti en 2010 (pendant la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud) a été distribué gratuitement sur Internet et dénonce la corruption des gouvernements. La liberté d’expression des artistes est une autre cause très chère à Wanlov : “Nous devrions avoir la liberté de dire tout ce qu’on a envie de dire. Il y a de la censure en ce moment au Ghana, mais avec Internet nous arrivons à contourner cela. Nos fans sont maintenant sur la Toile”.

Un de ses titres Human Being est choisi par l’UNICEF pour sa campagne de lutte contre le trafic des enfants. Wanlov a également réagi à plusieurs reprises face à la situation de la communauté LGBT au Ghana : “L’église a beaucoup d’influence dans la société ghanéenne. Les personnes LGBT sont obligées de se cacher, sinon elles risquent de se faire tabassées. La ministre des Droits de l’Homme est la seule à défendre les droits de cette communauté. Au moment où j’ai vu qu’elle était critiquée pour cela, j’ai décidé de la soutenir”.

Projets sur le feu

Lauréat du Prix Mondomix Babel 2013, Wanlov est de retour en France avec son groupe, l’AfroGypsy : “Avant je n’aimais pas trop, il faisait froid et humide. Mais maintenant je préfère Paris à Londrès. De plus, j’ai l’impression qu’il y a plus de protection pour les artistes en France”.

Le prochain clip de Wanlov the Kubolor “Cause of money” a été filmé en Roumanie et au Ghana, avec son collègue du groupe Fokn Bois. L’album AfroGypsy sera également présenté au public roumain, avec le soutien de l’Alliance française dans plusieurs villes en Roumanie. En France, une série de concerts est prévue à partir de janvier 2014.

Véritable globe-trotter, le style de vie nomade ne fait pas peur à Wanlov le vagabond : “Chez moi, c’est partout. A Paris, je peux retrouver le Ghana à Château Rouge (ndlr quartier au nord de la capitale). Et si la Roumanie me manque, je prends une course low cost et j’y suis en deux heures”.

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