#6 Diana Dinca

Diana : hasta siempre Rumana

par Madalina Alexe

Diana Dinca est étudiante en génétique à l’Université Paris-Sud. Après une enfance passée dans la région de Targoviste (dans le sud de la Roumanie), Diana est arrivée en Espagne en 2003, rejoindre sa famille dans la région de Valence. Alors qu’elle se prépare à entamer une thèse dans le domaine de la neurologie, Diana a souhaité nous raconter son parcours, parler à haute voix de ses origines et rappeler que “les Roumains sont un peuple qui lutte … contre les préjugés”.

Paris versus Londres

En 2011, Diana arrive à Paris en tant qu’étudiante Erasmus, après cinq ans d’études en biologie à Valence : “J’ai eu le choix entre Paris et Londres, mais une amie à moi voulait aussi aller à Londres et ne parlait pas le français en plus. J’ai donc renoncé à Londres pour venir à Paris et cela a été le meilleur choix que j’aie pu faire !”. L’année Erasmus à Paris a été pour Diana l’occasion de découvrir la culture française, approfondir ses connaissances linguistiques, évoluer dans un milieu cosmopolite : “J’avais un groupe d’amis Erasmus, avec lesquels je parlais en espagnol ou en anglais, et un groupe d’amis français, qui m’ont aidée à mieux connaître la langue et le pays”.

Arrivée en Espagne à l’âge de 13 ans, Diana est diplômée en biologie à l’Université de Valence

Arrivée en Espagne à l’âge de 13 ans, Diana est diplômée en biologie à l’Université de Valence

Roumaine à Valence

A l’âge de 13 ans, Diana a déménagé en Espagne, rejoindre sa famille à Castellon de la Plana, au nord de Valence : “Je suis allée en Espagne pour les vacances. Mon père m’a dit : “Si tu rentres en Roumanie, tu n’auras jamais les mêmes chances que tu peux avoir en Espagne”.

A Valence, pour se détendre et s’amuser, l’endroit préféré de Diana est la Ciudad de las Artes y las Ciencias

A Valence, pour se détendre et s’amuser, l’endroit préféré de Diana est la Ciudad de las Artes y las Ciencias

Les débuts n’ont pas été faciles, notamment à cause des difficultés de langues, espagnole ou valencienne : “Je n’arrivais pas à faire mes devoirs parce que je ne comprenais pas ce qu’on me demandait. Avec l’aide des profs et des amis espagnols, j’ai réussi à m’en sortir, j’ai même eu les meilleures notes de ma classe à la fin de l’année”.

Dix ans après, Diana est souvent prise pour une Espagnole à Valence : “A l’université on me demandait “Tu es sûre que tu es Roumaine ? Tu as perdu ton accent !”.

Espagnole à Paris

Dès mon arrivée en France, je me suis rendu compte qu’il valait mieux dire que je venais d’Espagne, aux personnes que je rencontrais pour la première fois, afin d’éviter les regards méfiants et les commentaires méchants”. Pourtant, Diana ne veut pas non plus occulter ses origines : “Si j’arrive à connaître plus la personne, je me sens libre de dire que je suis Roumaine”.

Dans le monde clos des laboratoires du CNRS, les réactions des chercheurs, en apprenant la nationalité de Diana, ont été plutôt surprenantes : “Un de mes professeurs de génétique humaine, chercheur très connu dans le domaine du cancer, a été agréablement surpris, car il avait des amis roumains, très bons chercheurs aussi, qui vivaient en France. Mon maître de stage a été étonné d’apprendre que j’étais Roumaine à la base, et sa première réaction a été de m’appeler, affectueusement, « la petite tzigane de notre laboratoire »”.

La force venue de l’Est

“L’image qu’on a des Roumains en France ferme toutes les portes”

“L’image qu’on a des Roumains en France ferme toutes les portes”

Du haut de ses 23 ans, Diana ne compte pas rester les bras croisées, en regardant l’image déformée que l’on peut avoir sur les Roumains : “Tous les commentaires racistes que j’entends dans la rue me donnent le courage et l’envie de montrer aux autres que les Roumains sont un peuple qui lutte pour surmonter les obstacles – sans l’aide de nos hommes politiques – mais surtout que chaque personne est différente, et qu’il ne faut jamais généraliser”.

C’est notamment en vivant en France qu’elle s’est aperçue des réactions insoupçonnées des gens, à entendre sa nationalité : “En Espagne, les Roumains sont vus plus comme des travailleurs, les gens sont plus habitués à voir des Roumains dans les écoles, les universités, au travail …”.

Malgré cela, Diana avoue ressentir un fort attachement à son deuxième pays d’accueil : “Au niveau culturel, de la pensée, je me sens plus chez moi ici. Les gens ont été très gentils avec moi en Espagne, mais c’est tellement différent de la Roumanie (la nature, les saisons), que je ne peux pas me sentir chez moi”.

Pendant son année Erasmus, Diana a emmené ses amis espagnols, français, anglais visiter la Roumanie : “Nous sommes allés à Bucarest et Bran, voir le château de Dracula. Mais ce qu’ils ont apprécié le plus c’était le village de mes grands-parents, pas loin de Targoviste. On a été accueilli avec de la tzuica (ndlr alcool traditionnel roumain) et des gogosi (ndlr pâtisserie traditionnelle). “Tu es la force venue de l’Est”, m’a dit un de mes amis basques”.

A la recherche des challenges

“Mon histoire n’est pas une histoire triste, de stigmatisation et racisme. J’ai la chance d’évoluer dans le domaine scientifique, où tant que l’on fait preuve d’efficacité professionnelle, peu importe notre origine”

“Mon histoire n’est pas une histoire triste, de stigmatisation et racisme. J’ai la chance d’évoluer dans le domaine scientifique, où tant que l’on fait preuve d’efficacité professionnelle, peu importe notre origine”

Ce que j’aime bien en France c’est le niveau de compétitivité, il faut tout le temps lutter, s’en sortir, faire un nouveau projet, avancer …”, avoue Diana, devant la Grande Arche de la Défense. “Pourtant, je ne compte pas rester plus de trois ou quatre ans en France. Après avoir fini mon doctorat, j’espère pouvoir voyager dans des pays encore plus puissants au niveau scientifique, comme les États-Unis ou le Japon”.

Crédit photos : Gil Roy, Alex Mihai C (3Alexander Photography)

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