#10 Traian Costea

 

Traian, une volonté de fer pour bâtir son rêve

A 31 ans, Traian Costea travaille comme gérant d’un hôtel dans le 12ère arrondissement de Paris. Partagé entre son Maramures natal (Nord de la Roumanie) et l’espoir d’un avenir meilleur pour lui et sa famille, Traian est aujourd’hui prêt à faire sa vie en France, tout en gardant des liens inséparables avec la Roumanie. On a reçu un chaleureux accueil chez les Costea et on a évoqué le parcours audacieux du jeune Roumain, mené par une forte volonté de réussir.

Raluca et Traian Costea viennent d'aménager à Paris 12e

Raluca et Traian Costea viennent d’aménager à Paris 12e

Service militaire accompli… et après ?

Au printemps 2002, Traian est arrivé en France, après avoir effectué son service militaire en Roumanie : “J’avais 20 ans, les seules opportunités qui se présentaient en Roumanie étaient de travailler dans l’agriculture ou d’être embauché dans une petite société et gagner 100-150 euros par mois (ndlr la valeur du Smic en Roumanie est de 180 euros aujourd’hui). Ce n’était pas mon but, je voulais être autonome et non pas dépendre de mes parents”. En Île-de-France, le jeune Roumain trouve un logement et un emploi, avec l’aide d’un voisin : “La journée, on travaillait sur un chantier, on coulait du béton. Et la nuit, on surveillait un dépôt, qui était en même temps notre logement. Je recevais 35 euros par jour”. Au bout de 6 mois, Traian a réussi à trouver un autre emploi, toujours dans le domaine du bâtiment : “Quand il n’avait pas de travail pour nous, le (ndlr premier) patron, nous sous-louait. Le supérieur auquel il nous a prêté a apprécié mon travail et m’a gardé dans sa boîte, où je suis resté pendant trois ans et demi”. Grâce à son énergie et attitude positive, Traian a réussi à s’habituer à sa nouvelle vie francilienne, avec le soutien de ses collègues portugais : “Les Portugais sont super, c’est avec eux que j’ai appris à travailler ! Je n’ai pas eu de soucis particuliers, à part le fait qu’il fallait que je dise que j’étais Portugais ou Espagnol”.

Adriano, pas Traian

Faisant partie d’une équipe portugaise, Traian a été souvent contraint à cacher ses origines, sur son lieu de travail : “Ils m’appelaient Adriano, au lieu de Traian, sinon le patron avait des problèmes. On travaillait dans une grosse boîte, chez des personnes importantes, et je ne pouvais pas dire que j’étais Roumain”.

En 2003, Traian a vécu “l’épisode le plus violent de son séjour en France”, selon sa propre description. Ça s’est passé à Carrières-sur-Seine, dans les Yvelines : “C’était un samedi, on allait laver le linge avec mon frère. Après avoir demandé du feu à un groupe d’hommes dans la rue, nous nous sommes retrouvés tous les deux par terre, des pistolets pointés derrière nos têtes”. Les policiers en civil semblaient avoir été interpellés par l’accent étranger des deux Roumains. “Ils ont fouillé dans nos affaires, même dans nos téléphones portables, se souvient Traian. C’était frappant, car on n’avait rien fait. J’ai sorti mes gants et leur ai montré mes mains : je suis là pour travailler !

Retour en Roumanie

Après quatre ans passés en Île de France, Traian a décidé de retourner au pays et commencer une nouvelle vie là-bas. Avec l’argent qu’il avait mis de côté, le jeune homme a créé sa propre boîte à Bucarest et il est devenu entrepreneur dans le bâtiment. “En 2007, j’ai participé à la construction du plus grand quartier résidentiel de Roumanie, à Baneasa (ndlr Nord de la capitale)”, raconte Traian non sans fierté.

La crise de 2008 n’a pas épargné la Roumanie et cela a eu des répercussions considérables sur la situation du jeune chef d’entreprise : “Les chantiers étaient financés par les banques, et les banques n’acquittaient plus, se souvient Traian. J’ai dû m’endetter pour payer mes ouvriers, avant de déposer le bilan”.

Un coin de Maramures au coeur de Paris

La petite Iris, 5 ans, rejoindra bientôt ses parents en France

La petite Iris, 5 ans, rejoindra bientôt ses parents en France

En 2010, alors qu’il était devenu le père d’une petite Iris, Traian décide de retourner en France, tenter sa chance à nouveau : “Le système ne fonctionne pas en Roumanie, je ne pouvais pas y rester, travailler pour moins de 200 euros et sans aucune garantie pour la retraite”. Pourtant, Traian témoigne des difficultés auxquelles il s’est heurté en France : “J’espère que ça va aller mieux pour tous les Roumains qui sont ici, parce que c’est très dur. Rien que pour faire un compte bancaire : à la Banque postale – dès que tu présentes une pièce d’identité roumaine, ils refusent d’ouvrir un compte. Pourtant j’avais fourni mon contrat de travail et toutes les pièces nécessaires, mais ils ont refusé de me recevoir. Je suis allé voir une autre banque et la démarche a été beaucoup plus simple”.

Il y a quatre mois, Traian a été embauché comme administrateur d’un hôtel à Paris 12ème, à deux pas de la Bastille. Très impliqué dans son travail, le jeune Roumain a un projet en tête, pour le développement de l’affaire : “Mon patron est fasciné par la Roumanie, même s’il n’y est jamais allé. Il apprécie la façon dont on interagit, les relations directes et sincères que l’on établit rapidement entre nous, ainsi que les plats traditionnels roumains. Il a donc décidé d’ouvrir un restaurant aux spécialités de Maramures, d’ici le mois de janvier”.

Soucieux du sort de ses compatriotes, Traian a tenu à leur transmettre un message : "Roumains, réveillez-vous !"

Soucieux du sort de ses compatriotes, Traian a tenu à leur transmettre un message : « Roumains, réveillez-vous ! »

Pour l’avenir, Traian souhaite poursuivre son chemin en France, avec sa femme et sa fille, Iris. Pourtant, il reste très lié à son pays d’origine et très soucieux de la situation de ses compatriotes à l’étranger : “J’espère qu’à travers tout ce que nous faisons, nous allons réussir à changer au moins un petit peu l’image des Roumains en France”.

A l’âge de la retraite, Traian n’a qu’une idée en tête – retourner dans son Maramures natal. Et il a déjà tout prévu : “J’ai planté un hectare d’acacias, pour les abeilles. A la retraite, je veux être apiculteur en Roumanie”.

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