Cultures du monde

Marianne Rigaux : « Les Roumains adorent quand on s’intéresse à leur pays pour de bonnes raisons »

Jeune journaliste multimédia et formatrice, Marianne Rigaux a découvert la Roumanie en 2006, lors de son séjour Erasmus à Bucarest. Depuis, elle reste très attachée au pays et ne manque aucune occasion d’y retourner. Cette année, Marianne a mené le projet Globe Reporters – une expérience pédagogique d’éducation aux médias, proposant une découverte active de la diversité des cultures de la francophonie. Porté par l’association Le retour de Zalumée, Globe Reporters s’est déroulé en janvier/février 2015 à Bucarest, Brasov, Cluj, Bistrita et Sibiu. Douze classes à travers la France sont devenues des “rédactions” – le dispositif renverse les rôles en faisant des élèves les rédacteurs en chef. Pendant cinq semaines, Marianne a été l’envoyée spéciale d’environ 300 élèves français participants au projet.

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Café des Roumains : Quel ambiance avez-vous retrouvé en Roumanie en ce début d’année ?

Marianne Rigaux : Je me sens toujours bien à Bucarest, dès que j’arrive à Otopeni (ndlr ville qui accueille l’aéroport, près de la capitale), je suis tout de suite détendue, je respire mieux, je ne regarde pas l’heure, ça ne me dérange pas d’attendre le bus pendant 15 minutes… Même quand je prends le métro – déjà il est plus large que celui à Paris – les gens se laissent sortir… La phrase que je trouve géniale, que je ne comprenais pas au début, c’est “Coborati ?” (vous descendez ?), que les voyageurs ont l’habitude de s’adresser. Cela me semblait inattendu et surtout je n’en avais pas l’habitude. Mais c’est juste des civilités, on s’arrange, on s’organise ensemble, c’est génial !

Une autre chose qui me plaît c’est l’aspect très détendu sur les horaires. Si j’arrive en retard à un rendez-vous, je vais m’excuser et on va me dire “c’est pas grave !”. Cela t’apprend à être tolérant.

 

Café des Roumains : Comment les Roumains ont-ils accueilli le projet Globe Reporters ?

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Marianne Rigaux au Château de Bran pour préparer un reportage sur le comte Dracula

Marianne Rigaux : Je ne sais pas si c’était l’effet du “Bonjour, je suis journaliste française, je fais un projet pour les enfants sur la Roumanie”, mais toutes les personnes que j’ai sollicité se sont libérées le jour même. Au début, j’avais peur qu’on ne comprenne pas le projet – c’est un peu novateur pour la France, pour la Roumanie encore plus, car on est sur une pédagogie très classique. Il y a beaucoup plus d’imprévus qu’en France. Rien ne se passe comme tu l’avais imaginé, mais le résultat est toujours très satisfaisant. C’est ce qui m’arrive tout le temps en Roumanie – du bon hasard ! En plus toute la gestion de l’agenda est plus simple qu’en France. Tu appelles les gens et on te dit “Oui, on peut se voir cet après-midi”. Les Roumains adorent quand on s’intéresse à leur pays pour de bonnes raisons.

Café des Roumains : Quels sujets ont suscité l’intérêt des élèves ?

Marianne Rigaux : Les ours, Dracula, la cuisine roumaine, la religion orthodoxe, la gymnastique… Certaines classes me demandaient des choses très précises : par exemple, une vidéo de jeunes gymnastes à l’entraînement. J’ai écrit à la Fédération roumaine de gymnastique et tout de suite, on m’a répondu “Passez, on va vous aider”. Il y a cette expression “se rezolva”, que nous n’avons pas en français. Je suis allée les voir, ils m’ont accueilli dans un français parfait et m’ont trouvé des intervenants dans la journée. Ils m’ont même aidé à traduire mes questions en roumain.

Nous avons publié une centaine d’articles sur le site du projet. C’était également la première année où il y a eu autant de photos et vidéos – pour les élèves c’est une super matière. Ils vont s’en servir pour monter des blogs, des journaux et émissions radios.

Café des Roumains : L’un des objectifs de Globe Reporters a été de déconstruire les préjugés. Quelles étaient les idées reçues des élèves participants au projet ?

Marianne Rigaux : Cela dépend de l’âge – les petits (en CM1, CM2 et sixième) n’avaient pas trop de préjugés, mais ils m’ont posé beaucoup de questions sur la Roumanie : Quelle langue parlent les Roumains ? Est-ce qu’ils ont un roi ou un président ? Est-ce qu’il y a des Français en Roumanie ?

Je pense qu’il y a une grosse différence sur la perception de la Roumanie entre Paris et le reste de la France – les élèves de sixième à Paris avaient aussi des questions sur les Roms. En revanche, ceux plus âgés (en fin de collège et début du lycée) avaient plus de préjugés. Dans une classe de seconde dans le 14ème arrondissement, quand je suis arrivée, la première question qu’un élève m’a posé a été : “Madame, pourquoi les Roumains dorment tous vers l’autoroute ?” C’était clairement de la provocation, mais j’ai expliqué quand même la problématique.

 

Café des Roumains : Quelles ont été les limites du projet Globe reporters en Roumanie ?

Marianne Rigaux : C’était la première fois qu’on travaillait dans un pays aussi connecté et réactif, où les gens consultent autant Internet et partagent sur les réseaux sociaux. Sur les campagnes précédentes (que ce soit en Tunisie, Haiti, Chili, Laos, Mali ou Sénégal), le site était consulté depuis un ordinateur. En Roumanie, il y a un équipement en smartphone et tablette qui est hallucinant ! A l’école primaire de Bistrita (nord de la Roumanie), par exemple, tous les élèves avaient des tablettes connectées à Internet. Cela nous a montré que notre site n’était pas assez performant pour la diversité de supports et c’était la principale limite du projet, qui est associatif. Pour la prochaine campagne, qui se déroulera au Liban, nous préparons une version renouvelée du site.

Café des Roumains : A la base du projet Globe Reporters – le principal objectif est l’éducation aux médias. Pourquoi il s’agirait d’un enjeu fondamental aujourd’hui ?

dessinsarmaleMarianne Rigaux : L’éducation aux médias – on en parle beaucoup depuis l’attentat contre Charlie Hebdo – c’est effectivement quelque chose de vraiment important. L’idée n’est pas de convaincre les élèves à devenir journalistes, mais de leur faire comprendre comment on fabrique l’information et surtout comment on peut fabriquer de la mauvaise information. Quand tu comprends cela, tu deviens vraiment un citoyen et une personne éclairée, avec un esprit critique… Le but est de faire de la pédagogie active – les élèves sont des rédacteurs en chef, c’est eux qui décident des sujets traités et de la réalisation finale. Nous travaillons avec des pays qui ont un intérêt géo-politique : la Tunisie (en 2012, après la Révolution), le Haiti (après le séisme), la Roumanie, locomotive de la francophonie en Europe de l’Est et en même temps pays peu traité par les médias et souvent mal traité.

 

Café des Roumains : Quels sont vos futurs projets en Roumanie ?

Marianne Rigaux : Je connais le pays depuis 2006 – ça commence à faire longtemps, mais je ne m’en lasse pas. Je dis à tout le monde, la Roumanie est un pays très intéressant à observer en tant que journaliste. Les 25 dernières années sont juste fascinantes, je regrette ne pas avoir connu ce pays depuis 1990. J’avais peur que les cinq semaines de Globe Reporters allaient me calmer un peu sur ma passion pour la Roumanie, je savais que ça allait être très intense. Mais c’était chouette, c’est un pays attachant. Nous souhaitons mettre en place prochainement un projet “miroir”, avec une journaliste roumaine en reportage en France  pour des élèves roumains.

En ce qui me concerne, je pense que mon prochain voyage sera dans le Delta du Danube – l’écotourisme y prend forme !

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