Dossiers

Emploi : Quand les jeunes prennent les choses en main

Le nombre des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur continue à augmenter partout en Europe, avec une moyenne de 37% en 2013. D’ici 2025, la génération Y représentera 75% des effectifs professionnels mondiaux. Cependant, plus de 5 millions de jeunes européens se retrouvent aujourd’hui sans emploi et les jeunes diplômés n’échappent pas à ce phénomène. Frustration, désillusion, difficultés à se projeter… cette situation pourrait avoir des conséquences irréversibles sur l’avenir de toute une génération. Mais ce qui ne manque pas aux Twixters c’est la créativité et la mobilisation : rencontre à Montreuil avec Roxana Rugina et à Nicosie avec Nicos Malekos, deux jeunes entrepreneurs qui s’obstinent à rejeter l’étiquette “génération sacrifiée”.

 

Simplon.co : “un espace d’échange qui change quelque chose en toi”

A 26 ans, Roxana Rugina est diplômée en Communication et Arts numériques. Après avoir travaillé dans le secteur du marketing à Bucarest et fini son Master en industries créatives à l’Université Paris 8, la jeune Roumaine a eu envie de se lancer dans l’entrepreneuriat : “J’ai commencé par repérer des espaces de co-working, de rencontre, qui m’ont introduite dans l’éco-système des start-up. J’ai débuté comme freelance, mais c’était assez instable et toujours difficile à trouver des clients”.

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“Je cherchais un endroit qui soit en accord avec ce que je veux faire : développer, échanger des idées, créer des valeurs autour de moi” Crédits photo Nicolas Friess

C’est pendant cette période-là que Roxana découvre l’offre Simplon : formation intensive et gratuite au développement web et mobile, destinée prioritairement aux talents défavorisés ou sous-représentés dans l’entrepreneuriat digital (filles, personnes issues des quartiers populaires, des diaspora, personnes en situation de handicap…), ainsi qu’aux porteurs de projets numériques solidaires, liés à l’éducation ou l’innovation sociale.

J’ai vu l’annonce dans le journal local de Montreuil, se souvient la jeune geek. J’ai rapidement décidé de postuler, avec une idée de projet qui me tient à coeur et qui est liée à ma passion pour les vélos. L’idée a été très bien accueillie et nous avons développé Bicyclink – une appli pour créer des liens entre les gens passionnés par le vélo et les endroits bike-friendly”.

 

Roxana est l’une des 28 étudiants de la première promotion Simplon. Pour arriver ici, elle a dû passer plusieurs épreuves de recrutement : “J’ai d’abord rempli un formulaire en ligne, ensuite j’ai répondu à une série de questions assez intéressantes et rigolotes “quels sont vos héros ?”, “quels super-pouvoirs aimeriez-vous détenir ?”. A aucun moment on ne m’a demandé mon niveau d’études, c’est quelque chose qui m’a beaucoup plu”. Ont suivi des entretiens individuels avec les co-fondateurs de Simplon (Erwan Kezzar, Andrei Vladescu-Olt et Fréderic Bardeau) et une dernière étape de jeu, une journée sur place, avec un menteur qui mesurait l’esprit de participation et collaboration en équipe. En octobre 2013, 28 candidats ont été retenus pour commencer la formation de 6 mois, en entrepreneuriat digital et langage Ruby on Rails : “En venant à Simplon et rencontrant les autres étudiants je me suis dit “Un jour je veux ouvrir un Simplon en Roumanie !”.

 

Simplon Romania sur le feu

 

“Simplon, c’est comme la chimie - ça change quelque chose en toi”

“Simplon, c’est comme la chimie – ça change quelque chose en toi” Crédits photo Nicolas Friess

L’idée de Roxana n’est pas restée au stade de déclaration. Elle prépare le lancement de Simplon Romania d’ici le mois de septembre et les inscriptions sont déjà ouvertes aux candidats. C’est à Cluj, ville du nord-ouest de la Roumanie, que l’école Simplon ouvrira ses portes. “J’ai gagné un prix pour les jeunes entrepreneurs, explique Roxana. Un coup de pouce de 2 500 euros pour monter sa boîte en Roumanie. Pour cela, j’ai écrit cent pages de business plan pour expliquer comment j’allais m’y prendre, se souvient-elle non sans fierté”.

Alors qu’elle s’apprête à rentrer en Roumanie pour démarrer son projet, Roxana est sûre de ne jamais oublier comment tout a commencé : “Simplon.co est un lieu de référence, un point de départ, mais de retour également. Je retournerai toujours à Simplon parce que ça crée des liens et ça change tous les jours – l’écosystème grandit tous les jours”.

 

 

 

“A Chypre, on commence à peine à connaître l’entrepreneuriat social”

 

Nicos Malekos est en dernière année de Master en management à Nicosie, Chypre. Il est aussi animateur radio sur MYCY Radio, la première radio communautaire de Chypre, située dans les locaux du CCMC (Cyprus Community Media Centre) dans la Ligne verte de l’île . Passionné par le journalisme et les nouvelles technologies, il a envie de changer les choses dans son pays et faire évoluer les mentalités des jeunes Chypriotes, alors que le taux de chômage de ces derniers vient de dépasser la barre des 40%.

C’est à la Maison pour la coopération, dans la Ligne verte de Nicosie, que nous avons rencontré Nicos

C’est à la Maison pour la coopération, dans la Ligne verte de Nicosie, que nous avons rencontré Nicos

A Chypre, beaucoup de jeunes diplômés ont du mal à trouver un emploi à la fin de leurs études, notamment pour les filières littéraires ou scientifiques. Ces gens-là ont le choix entre devenir entrepreneurs, créer eux-mêmes de l’emploi, ou bien accepter un travail alimentaire”. En effet, Chypre détient l’un des taux les plus importants en ce qui concerne le nombre de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Beaucoup d’entre eux sont partis faire leurs études au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou encore en Grèce. De retour sur l’île, la déception est grande de se voir dans l’incapacité de s’intégrer sur le marché du travail : “La mentalité des étudiants chypriotes est “si j’ai de bons résultats à l’université, je trouverai un bon travail”, explique Nicos. Or, cela ne s’applique plus aujourd’hui. C’est pour cela qu’ils n’ont pas l’habitude de s’engager avec des ONG ou d’avoir des activités en dehors de la fac”.

 

Lors de ses années d’études en journalisme et média, Nicos a fondé un club de journalisme, dans le but de fédérer ses camarades autour d’un média étudiant. Il se souvient avoir eu beaucoup de mal à convaincre les autres étudiants à y consacrer du temps : “A Chypre, on n’a pas l’habitude d’entreprendre, de créer, de s’impliquer, de prendre des risques, faire des erreurs ou essayer de nouvelles choses. C’est un problème pour notre société. Nous avons besoin de faire comprendre aux gens qu’ils peuvent eux-mêmes créer leurs propres expériences dans la vie !”.

“Je ne resterai pas à attendre que le chômage baisse !”

“Seul un sur dix Chypriotes s’engage dans le monde associatif ou l’entrepreneuriat et on retrouve toujours les mêmes personnes”

“Seul un sur dix Chypriotes s’engage dans le monde associatif ou l’entrepreneuriat et on retrouve toujours les mêmes personnes”

Une fois son diplôme en poche, Nicos envisage de lancer une start-up, avec trois autres amis : “Nous avons reçu un prix pour créer une appli pour l’écriture de nouvelles. Je ne veux pas demander l’aide du gouvernement pour ce projet, la bureaucratie et le système de fonctionnement sont assez décourageants”.

 

Plein d’espoir et de détermination, Nicos souhaite transmettre le souffle de la motivation aux jeunes Chypriotes en perte de repères : “Nous voulons tous trouver un emploi stable, qui soit en lien avec notre formation, qui soit créatif et nous plaise… Mais si nous n’y arrivons pas, peu d’entre nous allons tenter de créer notre propre activité et utiliser en quelque sorte la formation que nous avons suivie. L’entrepreneuriat, c’est quelque chose que nous venons à peine de découvrir à Chypre”.

Propos recueillis par Willy Totoro et Madalina Alexe

Relecture Angela Ilie Bednarovschi

Un projet MEDIANE – Média en Europe pour une Diversité Inclusive

 

 

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2 réflexions sur “Emploi : Quand les jeunes prennent les choses en main

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