Cultures du monde/Manifestations

Exposition photo « You have a friend request » – Les Cahiers de l’est s’ouvrent

Dédiée aux artistes des pays d’Europe centrale et orientale, Les Cahiers de l’est est une nouvelle galerie itinérante, un lieu de rencontre  entre les visions esthétiques occidentales et orientales européennes. Le 5 juin prochain, ils organisent leur première exposition, consacrée à la photographe roumaine Cristina Soiman et au poète roumain Dan Plesa. A l’initiative de ce projet enthousiaste – Charline Wagner et Gabriel Giraud – deux jeunes commissaires indépendants, passionnés par l’art contemporain venu de l’Est. Rencontre.

Charline Wagner et Gabriel Giraud photo by Mika Lander

Charline Wagner et Gabriel Giraud photo by Mika Lander

Café des Roumains : Comment est née votre collaboration et comment votre structure fonctionne-t-elle ?

Gabriel : Nous nous connaissons depuis le lycée, à l’époque nous suivions un enseignement d’histoire de l’art dans un lycée de la banlieue parisienne. Bien que rien ne laissait penser qu’un jour nous travaillerions ensemble, nous étions déjà ancrés dans un univers très lié au monde culturel et à l’art. Pour ma part, j’ai fait cinq années d’histoire de l’art à la Sorbonne, dont deux années consacrées principalement à l’art contemporain. Au cours de ma première année de master, j’ai effectué une année Erasmus à Varsovie, ce qui m’a permit d’apprendre la langue polonaise et de me spécialiser en recherche sur une zone géographique bien précise. J’ai toujours été très attiré par les pays de l’Est et j’ai effectué beaucoup de voyages dans les différents Etats de cette région. Charline et moi avons d’ailleurs fait un tour ensemble de la Roumanie et de la Bulgarie en 2011, et l’année dernière nous sommes allés en Russie.

L’idée de ce collectif est née de la fusion de notre formation en histoire de l’art et de notre goût pour les pays d’Europe centrale et orientale. Nous voulions promouvoir l’art de ces pays, et plus exactement, la culture contemporaine de ces pays de manière générale.

 

Charline : L’objectif des Cahiers de l’est est de fournir à des artistes des pays de l’Est l’opportunité de se faire connaitre en France. Nous sommes directement en contact avec les artistes, ce qui nous permet de travailler en bonne entente. Le choix des œuvres, l’accrochage, les lieux d’exposition sont choisis conjointement afin que les artistes participent de manière active et indispensable à la création de leur exposition ou de leur événement. Nous nous considérons plus comme un outil mis à leur disposition.

 

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l'est, 2014

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l’est, 2014

Café des Roumains : Quelles ont été vos impressions après avoir vécu en Roumanie (Charline) et en Pologne (Gabriel) ?

Charline : Je connaissais la Roumanie pour y avoir effectué plusieurs voyages à l’adolescence. J’avais alors découvert un pays qui dépassait, de loin, tous les préjugés que l’on entend encore trop souvent en France. Les Roumains sont une population très dynamique et avec une forte confiance en l’avenir, l’exemple de la mobilisation pour Rosia Montana nous le prouve. Lors de mon séjour à Bucarest, j’ai surtout côtoyé la jeunesse n’ayant pas connu, ou peu, la période communiste. On trouve chez eux de grandes ambitions, la volonté de changement, ce qui devrait être une source d’inspiration pour tous les pessimistes d’Europe occidentale.

 

Gabriel : Mon année à Varsovie a été extraordinaire et riche en découverte. J’ai particulièrement apprécié être plongé dans la culture polonaise le temps d’une année. Il y a en Pologne une force de vie plus grande qu’en France, comme si tout était à découvrir et à faire, les gens sont très positifs et optimistes en ce qui concerne l’avenir.

Cependant, j’ai été très marqué par la différence des mentalités. Les jeunes polonais sont encore très conservateurs et la religion est encore très présente dans la vie quotidienne. Je ne dis pas que c’est un mal, mais c’est un véritable choc culturel quand on a été élevé à Paris.

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l'est, 2014

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l’est, 2014

 

 Café des Roumains : Pourquoi cette envie de faire découvrir l’art contemporain venu « de l’Est » ?

Charline : Nous ne faisons pas vraiment découvrir l’art des pays de l’Est, la plupart des gens connaissent les grands noms comme Cantor, Tzara ou Brancusi. Cependant, ils ne les rattachent pas à leur pays d’origine à cause d’une dévalorisation semi-inconsciente de ces régions. Les artistes contemporains de Roumanie ou de Pologne sont encore très touchés par cette dépréciation, trop peu connus, trop ignorés. L’important aujourd’hui est de revaloriser les qualités esthétiques et plastiques des cultures d’Europe de l’Est, afin de rendre justice à la culture de ces pays et, par conséquent, stimuler le public français à apprécier à leur juste valeur leurs artistes contemporains.

 

Gabriel : Je pense que la culture polonaise est déjà très présente en France, notamment avec des artistes comme Stazewski, Krasinski, Kantor ou encore Opalka. Cependant, cela reste encore une culture partielle et très occidentalisée à mon goût. Ce que je veux, c’est révéler une nouvelle forme de création, plus individuelle mais également plus régionaliste et caractéristique. Je pense avoir trouvé pour une prochaine exposition, un jeune artiste polonais que je trouve très singulier et qui sort du carcan de la tradition moderniste influée par l’occident en Pologne. Donc voilà, je veux montrer un autre visage de la Pologne, une autre culture. Je veux montrer la Pologne que j’ai connu.

 

Café des Roumains : Comment avez-vous découvert l’oeuvre de Cristina Soiman ? Pourriez-vous la décrire en quelques lignes ?

 

Charline : J’ai rencontré Cristina au cours de mon séjour à Bucarest (je cherchais une colocation et Cristina m’a été présentée par des amis en commun). Elle m’a très vite montrée son travail et j’ai assisté à plusieurs séances photos. Cristina travaille avec beaucoup de simplicité et de sincérité. Il peut lui arriver de ne pas prendre de photos pendant plusieurs jours, puis de tomber dans une frénésie d’idées. Pour prendre une photo, Cristina part avec une vague idée de ce qu’elle veut faire et travaille plusieurs heures de suite avant de s’estimer satisfaite par une prise. Dans sa série You have a friend request, elle apporte une vision intime, presque crue de la jeunesse bucarestoise, de ses amis et des personnalités marquantes de la capitale. Ces portraits sont lumineux, paisibles, ancrés dans la ville de Bucarest. Celle-ci est présentée comme leur berceau, l’origine de leur identité. La ville et l’individu sont intrinsèquement liés…

 

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l'est, 2014

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l’est, 2014

Gabriel : J’ai beaucoup aimé les photographies de Cristina quand Charline me les a présenté, et l’idée est venue très vite que cela constituerait notre première exposition. Je trouve, qui plus est, le concept de ces photographies très intéressant, elles sont à la fois documentaires et artistiques. Elles révèlent une image au public que j’ai également eu lors de mes séjours à Bucarest, je suis donc particulièrement touché par ces photographies. Ce qui est particulier aussi, c’est l’adjonction de textes écrits par l’écrivain Dan Plesa. Ce dernier a imaginé une courte histoire, presque anecdotique, à partir des photographies de Cristina. J’ai trouvé cette dualité très intéressante, elle élargit le champs photographique, quasi documentaire, au lyrisme de l’imaginaire, elle oriente le spectateur à se créer sa propre histoire.

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l'est, 2014

©Cristina Soiman / courtesy Les Cahiers de l’est, 2014

 

Café des Roumains : Etes-vous en contact avec les communautés roumaines et polonaises présentes en France ?

Gabriel :  Oui, nous fréquentons beaucoup de monde des communautés roumaines et polonaises, et pas que. Pour ma part, j’ai plusieurs amis roumains, notamment un artiste un peu plus âgé. J’ai bien sûr beaucoup de connaissance en Pologne et de Polonais qui vivent à Paris et qui travaillent pour la plupart dans le milieu artistique. Des amis russes, bulgares, serbes, un vrai melting pot. Cependant, ce ne sont pas des relations qui ont été voulues, elles se sont faites naturellement par affinité et sur plusieurs années.

 

Charline : J’ai pour ma part rencontré des membres de la communauté roumaine parisienne à travers mes recherches de mémoire. Wanda Mihuleac, Magda Carneci ou Dan Catalin, acteurs intellectuels et esthétiques des années 80 en Roumanie, me furent d’une grande aide pour appréhender l’art roumain. Par ailleurs, nous sommes en contact avec des associations roumaines, comme Apar, ou des associations d’art concernant les artistes d’Europe de l’Est, ce qui nous permet de rencontrer de nouvelles personnes qui partagent notre intérêt pour la Roumanie.

 

Les Cahiers de l’est s’ouvrent le 5 juin avec l’exposition You have a friend request de Cristina Soiman et Dan Plesa

Du 5 au 18 juin 2014

7 rue Saint Sabin, Paris 11e M° Bastille

Pour les soutenir, pensez au financement participatif. D’ici là, retrouvez-les aussi sur les réseaux sociaux.

 

 

 

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