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“Nos ressources en Europe ce sont les hommes et les femmes” Rencontre avec Anne Houtman, Commission européenne en France

Plus de 5,5 millions de jeunes âgés de moins de 25 ans se retrouvent aujourd’hui à la recherche d’un emploi à travers l’Europe. Cela représente un taux de chômage chez les jeunes de 23,5% au niveau de l’UE – plus du double de celui des adultes – avec des différences significatives d’un Etat à l’autre : 7,7% des jeunes sont au chômage en Allemagne, alors qu’un taux de 57,3% a été enregistré en Grèce (source Eurostat 2013).

Garantie jeunes, programme Erasmus plus, Ton premier emploi EURES… l’Union européenne a mis en place une série de mesures afin de stopper ce phénomène qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur l’avenir d’une génération entière.

Pourquoi l’Europe investit-elle dans la jeunesse ? Réponse avec Anne Houtman, Chef de la Représentation en France de la Commission européenne.

 

Comment les nouvelles mesures en faveur de l’emploi des jeunes ont-elles étaient conçues ? Y a-t-il des consultations en amont avec des associations représentant les jeunes à travers l’Europe ?

 

Anne Houtman : La Commission européenne fait toujours des consultations publiques avec les parties intéressées avant de mettre sur la table des nouvelles politiques. Pour prendre un exemple, elle a récemment adopté un cadre pour les stages et dans ce contexte-là, les organismes de jeunes ont été consultés. En plus de ces consultations qui se font à l’occasion d’un projet de texte, la Commission entretient un dialogue structuré, permanent, avec des organismes de jeunes, dans tous les Etats membres, rassemblés par la Présidence du Conseil. Il y a des réunions semestrielles dans le pays qui a la présidence, pour discuter de ces dialogues organisés dans chacun des Etats membres.

 

Si on regarde les statistiques et l’impact des mesures mises en place ces dernières années, diriez-vous que la mobilité au sein de l’UE est l’une des solutions clé à la crise sur le marché du travail des jeunes ?

 

Anne Houtman : La mobilité c’est une des réponses, mais ce n’est pas toute la réponse au problème de chômage des jeunes. Si l’on regarde les chiffres, les Européens ne sont pas très mobiles : il n’y a qu’un peu plus de 3% des Européens qui travaillent dans un autre Etat membre. Il y a à peu près 2 millions de postes vacants actuellement dans l’Union et 5 millions et demi de chômeurs, donc la mobilité ne va pas résoudre entièrement le problème de chômage des jeunes. Mais cela représente l’un des éléments pour qu’un jeune se retrouve devant un marché du travail plus large, par rapport aux compétences qu’il a. Il y a d’autres raisons de promouvoir la mobilité en Europe : il s’agit de donner aux jeunes la possibilité de se former à l’étranger, d’acquérir une expérience professionnelle ou faire des études à l’étranger… D’abord parce que, face aux futurs employeurs, cela lui donne un plus sur son CV. Et sur un plan personnel, il acquiert une confiance en lui, une ouverture aux autres, qui lui sont utiles dans le travail… Et je pense aussi que du point de vue du projet européen, en encourageant cette mobilité, on encourage les jeunes à participer à la construction européenne, en rencontrant des jeunes d’autres Etats membres.

 

Quelles sont les attentes de la Commission européenne en ce qui concerne la courbe du chômage des jeunes pour les mois et les années à venir ?

 

Anne Houtman : Si l’on regarde les données fournies par le Bureau International du Travail, une baisse du taux de chômage de 18% à 16% est prévue dans les pays industrialisés . Donc on peut imaginer que le pic des conséquences sociales de la crise a été atteint et que maintenant on va plutôt vers une période où le chômage va se réduire. La question est de combien. La Commission ne fait pas de prévisions chiffrées. Mais dans le programme Erasmus plus par exemple, qui vient de commencer et qui s’adresse à tous les jeunes – qu’ils soient en formation, dans l’enseignement supérieur, apprentis, en formation professionnelle ou enseignants – nous espérons avoir un peu plus d’un demi millions de jeunes qui font de la mobilité chaque année. Nous espérons donc toucher sur les 7 prochaines années environ 4 millions de personnes.

Ces programmes de mobilité sont gérés par les Etats membres, ce n’est pas la Commission qui gère directement. Chaque Etat membre doit désigner l’instance qui sera en charge de ces programmes, par exemple en France c’est l’agence EEFF à Bordeaux. On peut dire que les jeunes des pays où ces programmes sont mieux gérés sont privilégiés. Après, il y a toute une gestion au niveau des institutions de formation et d’enseignement – ce sont les lycées, les écoles, les universités et leurs enseignants qui s’occupent de l’aspect bureaucratique, administratif, pour pouvoir faire des binômes avec d’autres universités dans d’autres pays et organiser des échanges étudiants. Donc c’est vrai que les jeunes sont quand même tributaires du bon fonctionnement du système dans leur pays.

 

Pourquoi l’Union européenne investit-elle beaucoup dans la jeunesse aujourd’hui ?

 

Anne Houtman : Les ressources humaines, c’est ce que l’Europe a de plus précieux, en Europe on n’a pas beaucoup de matières premières, de pétrole à exporter… Nos ressources ce sont les hommes et les femmes. En plus, l’Europe vieillit et ce serait très triste et très dommageable, même sur le plan économique, de perdre la jeunesse, puisqu’elle irait chercher des emplois ailleurs qu’en Europe. Donc pas seulement pour des raisons sociales, qui sont évidentes – il est inacceptable d’avoir des jeunes qui sont au chômage et qui en plus sont stigmatisés pour leur future vie professionnelle (une fois que l’on reste au chômage de longue durée, on a de plus en plus du mal à s’intégrer sur le marché du travail) – donc il y a vraiment un problème social à traiter en urgence. Mais c’est aussi dans l’intérêt de l’ensemble de l’Union européenne d’utiliser au maximum toutes ses ressources précieuses. C’est une question de dynamique !

 

Liens utiles :

Garantie pour la jeunesse : tout Européen de moins de 25 ans, inactif depuis 4 mois, doit se voir offrir une formation, un emploi ou un stage

Base de données EURES – Portail sur la mobilité de l’emploi

Programme Erasmus plus 

 

Mesures de l’Union européenne pour lutter contre le chômage des jeunes : http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-13-968_fr.htm

 

Propos recueillis par Willy Totoro et Madalina Alexe

Un projet MEDIANE – Media en Europe pour une Diversité Inclusive

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