Je suis Roumain (aussi)

La diaspora roumaine de France au programme du Colloque international d’Agadir

A l’occasion de la deuxième édition du Colloque international pluridisciplinaire d’Agadir, du 23 au 25 avril, la chercheuse roumaine Cristina Badulescu présentera son étude “L’identité roumaine et les formes de mobilisation sociale à travers les médias numériques”. Parmi les éléments clé de sa recherche : un questionnaire diffusé en ligne au mois de décembre et les campagnes de mobilisation initiées par le Café des Roumains. Depuis Rouen, Cristina Badulescu nous a détaillé un peu plus sa démarche.

Enseignante-chercheuse à l’Université de Rouen, Cristina Badulescu, sémiologue, est titulaire d’un doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication, obtenu à l’Université de Bourgogne sous la direction de Jean-Jacques Boutaud en 2010.  Elle est arrivée en France en 2002, en tant qu’étudiante Erasmus

Enseignante-chercheuse à l’Université de Rouen, Cristina Badulescu, sémiologue, est titulaire d’un doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication, obtenu à l’Université de Bourgogne sous la direction de Jean-Jacques Boutaud en 2010.  Elle est arrivée en France en 2002, en tant qu’étudiante Erasmus

Café des Roumains : Pourquoi avez-vous choisi de mener une étude sur la diaspora roumaine de France?

 

Cristina Badulescu : Le thème du Colloque international d’Agadir de cette année est “Le changement : entre stratégies médiatiques et pratiques communicatives citoyennes”. J’ai décidé de travailler sur la diaspora roumaine de France parce que très peu d’études ont été menées jusqu’à ce jour sur ce thème. Mais à côté de la démarche de chercheuse, c’est aussi une démarche personnelle : ça m’agace tous ces discours médiatiques sur les Roumains, sur les actions des Roumains en France… Alors que dans chaque laboratoire de recherche en France – ne serait ce que dans mon domaine de compétence – il y a des chercheurs roumains dont on ne parle jamais… Donc ma démarche est scientifique, certes basée notamment sur des positionnements épistémiques et méthodologiques exploités au cours de mes travaux de thèse. Elle est aussi personnelle, parce que ce problème des Roumains en France me concerne même si personnellement je me sens très bien intégrée ici. Même si le discours est moins radical actuellement, par rapport à l’époque Sarkozy, la stigmatisation des Roumains existe, c’est le fruit des amalgames, de l’ignorance de l’autre, de la méconnaissance de notre culture… Etre roumain c’est pour beaucoup être de l’est, alors que la position même de notre pays dans les Balkans est quelque chose qui mérite d’être étudié de plus près.

 

Café des Roumains : Comment s’est déroulé votre recherche autour de la diaspora roumaine et les formes de mobilisation sociale à travers les médias numériques ?

 

Cristina Badulescu : L’objectif de l’étude est de comprendre les constructions identitaires complexes des Roumains en France dans les logiques d’action, j’ai donc choisi de croiser deux outils méthodologiques, une enquête par questionnaire de type semi-directif ainsi qu’une analyse de médias numériques dédiés aux Roumains installés en France. Ce qui m’intéresse c’est de mettre en relation le parcours d’une personne avec son ressenti. Les résultats de l’enquête via le questionnaire sont très révélatrices : en fonction de la date de l’entrée en France, du parcours et du degré d’intégration, le positionnement des sujets est complètement différent. En ce qui concerne les formes d’expression des Roumains en France via les médias numériques, j’ai opté pour une analyse socio-sémiotique, afin de cerner les formes de mobilisation sociale individuelle ou collective en faveur de la défense d’une identité complexe. Il n’est pas question de comprendre si les sujets se sentent plus Roumains que Français en fonction de leur degré d’intégration dans la société d’accueil, mais de cerner la dynamique des sujets en actes par leurs actions/réactions en fonction des réalités sociales vécues.

Sans titre

Café des Roumains : Quelles sont les observations que vous avez pu faire suite à l’analyse de l’enquête et des médias numériques dédiés à la communauté roumaine ?

Cristina Badulescu : Une première remarque positive serait que les Roumains s’intègrent bien en France, malgré les messages, les stéréotypes que l’on retrouve de manière assez redondante et je dirais assez énervante dans les médias. En fonction du domaine de compétence, les possibilités d’intégration sont différentes. Dans les domaines où l’on manque de main d’oeuvre en France, l’intégration par le travail et dans la vie sociale se fait plus facilement (c’est le cas des médecins par exemple, ou des chercheurs). Du point de vue de leur construction identitaire, les Roumains intégrés en France par leur travail ont la bonne maîtrise du français et s’inscrivent dans une double identité : ils ne se sentent pas Français, pas Roumains, mais participent par leur parcours à la construction d’une identité complexe. Ils sont capables aussi de mobiliser des compétences, de jouer de plusieurs références, ce qui leur permet des fois de se sortir de situations assez complexes (d’après ce que j’ai vu, notamment après l’analyse des blogs sociaux).

 

Café des Roumains : Quelle sera la prochaine étape pour votre étude sur les formes de mobilisation sociale de la diaspora roumaine ?

 

imgCristina Badulescu : L’enquête sera présentée au Colloque international pluridisciplinaire d’Agadir, du 23 au 25 avril. Ensuite, une version plus détaillée de l’étude sera publiée comme chapitre d’un ouvrage. Il est important de préciser que dans le comité scientifique de ce Colloque d’Agadir seront présents des professeurs roumains, tel que Stefan Bratosin, de l’Université de Toulouse, ou Adrian Staii, maître de conférence à Grenoble. Ils seront aussi lecteurs pour cet ouvrage et pourront apporter leurs compétences et connaissances sur ces questions qui les touchent de près.

 

Café des Roumains : Pour finir, souhaitez-vous transmettre un message à l’équipe du Café des Roumains et à nos lecteurs ?

 

Cristina Badulescu : Je vous encourage à continuer votre travail. Il est vrai que lorsqu’on arrive en France pour la première fois, on a l’impression que l’on sera très bien accueilli, parce qu’on parle bien le français, parce qu’il y a des liens historiques et culturels avec la France… Mais en réalité, c’est un peu la douche froide pour certains. Personnellement, j’ai réussi à m’en sortir, parce que j’ai été très bien accueillie à Dijon et dans les diverses structures universitaires. Et encore une fois, l’enquête en témoigne – l’intégration passe par le sérieux du travail, l’apprentissage du français et l’insertion au niveau social et culturel.

Extraits de la présentation :

“Dans leur action ces communautés virtuelles jouent un rôle d’interface entre les communautés réelles et les actions de mobilisation sociale (comme par exemple la manifestation de la communauté roumaine de Paris organisée à Trocadéro, dans le but de lutter contre les discriminations envers les ressortissants roumains vivant en France). Sensibilisation aussi, parce que leur action permet également de faire connaître des causes sociales, humanitaires, écologiques (Rosia Montana) pour faire réagir à la fois la diaspora roumaine de France, mais aussi les autorités françaises, certaines d’entre elles solidaires des causes citoyennes défendues par ces communautés virtuelles.”

“13 % déclarent que leur nationalité et leur personnalité ont eu une incidence sur le jugement porté sur le qualité de leur travail. L’origine roumaine n’apparaît pas comme un facteur handicapant quant à l’intégration professionnelle de nos interrogés 28 % seulement déclarent avoir déployé des efforts pour gagner la sympathie de leurs camarades français, la qualité du travail et les compétences représenteraient ainsi des facteurs déterminants quant à l’intégration professionnelle 56 %. Néanmoins, certains répondants déclarent avoir été victimes de propos qu’ils jugent discriminatoires 34 %, de blagues 38 %, ou encore des regards qui en disent long sur les pensées profondes 19 %.”

 

“L’analyse de leurs récits in vivo ou de leurs témoignages sur des blogs participatifs (Café des Roumains) permet d’affirmer que ces immigrés Roumains de par leur construction identitaire dans une double culture ont cette capacité de mobiliser en situation différentes références, de jouer de plusieurs registres ce qui représente un véritable enrichissement dans la mesure où cette compétence est une ressource de l’action.”

Photo @Ovidiu Tataru

Photo @Ovidiu Tataru

 

 

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