Cultures du monde/Manifestations

L’art de la résistance, par Dan Perjovschi

Après la Triennale de Paris en 2012, les expositions au Centre Pompidou en 2007 et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 2005, ou encore l’installation au Centre de création contemporaine de Tours en 2013, Dan Perjovschi était de retour dans la capitale en ce début d’année, pour une installation-performance au Musée de l’Histoire de l’Immigration, Palais de la Porte Dorée.

 “On m’a dit “Ma nièce peut aussi faire ça...” Et c’est vrai : c’est ta nièce qui peut le faire, pas toi”

“On m’a dit “Ma nièce peut aussi faire ça…” Et c’est vrai : c’est ta nièce qui peut le faire, pas toi”

Le 14 janvier dernier, Dan Perjovschi a accepté l’invitation du Café des Roumains à une rencontre-débat autour du rôle de l’artiste dans les mouvements de résistance aujourd’hui. Au Café de Paris, devant une salle comble, Dan Perjovschi commençait sa présentation : “C’est un moment où une entière génération de jeunes Roumains, Turcs, Arabes… s’affirment. Le dessin, c’est ma façon d’être solidaire avec ce mouvement”. Tout a commencé il y a cinq ans, quand Dan Perjovschi a été contacté par un jeune Allemand, membre du mouvement Occupy Stuttgart : “Est-ce que l’on pourrait utiliser vos dessins ?” “Je ne les connaissais pas, se souvient Dan Perjovschi. C’était la première fois que je recevais une demande de quelqu’un qui avait un problème avec sa société. J’ai répondu oui, pourquoi pas…”.

Photo Dan Perjovschi, Musée de l'Histoire de l'Immigration

Photo Dan Perjovschi “Après la Révolution on m’a dit “tu es libre!” J’essaie d’être libre…”

Depuis, le mouvement Occupy s’est répandu sur plusieurs continents. En 2013, c’est l’automne roumain qui a débuté, en réponse à un projet de mine d’or à base de cyanure, que le gouvernement a essayé de faire passer : “Pour moi, ça a été un choc émotionnel de voir une génération – que je ne connais pas – prendre la rue. Et de voir qu’immédiatement ce mouvement social a été soutenu par mon copain artiste, chorégraphe, intellectuel…”.

Pour Dan Perjovschi, le dessin est un moyen de résistance, mais aussi d’interpeller les gens et de les pousser à la réflexion : “J’essaie d’utiliser les dessins non pas cyniquement, mais dans l’idée de créer un espace de compréhension, de dialogue. Il y a des sujets que je ne peux pas traiter, je les laisse et j’y retourne plus tard”.

“Je n’ai aucune postérité”

Que ce soit au MoMA de New York, au Palais de Tokyo à Paris ou encore à la Tate Modern de Londres, Dan Perjovschi investit les murs, les fenêtres ou les sols de ces prestigieuses institutions : “Ce n’était pas facile pour moi d’aller dessiner sur les murs, avoue Dan Perjovschi. Je n’ai aucune postérité… Mais je viens d’une famille et d’un pays très pauvres, j’ai été obligé de trouver des tactiques pour être ici avec vous”.

Ce que Dan Perjovschi déplore le plus dans le milieu artistique en Roumanie, c’est le manque de littérature critique sur l’art contemporain : “J’ai fait mon boulot : j’ai exposé dans toutes les capitales. Le commentaire critique, c’est où ? Moi, comme artiste, j’existe si tu parles de moi !

“J’encourage les positions de boycott – les positions dures et définitives”

En juillet 2012, Dan Perjovschi  – l’artiste roumain avec la plus grande visibilité à l’étranger, selon la presse roumaine – et sa femme Lia ont décidé d’arrêter toute relation avec l’Institut Culturel Roumain, suite à la démission de l’ancien directeur, Horia-Roman Patapievici : “Je ne peux pas associer mon nom à la condition politique actuelle, déclarait Dan Perjovschi au Café de Paris. Le plus difficile c’est pour les jeunes maintenant : on te demande de faire des choses nationalistes au 21ème siècle”.

“La solution est-elle de couper les ponts, d’arrêter le dialogue avec les institutions de l’Etat roumain ?” s’interrogeait un membre du public.

J’encourage les positions de boycott, réplique Dan Perjovschi. Si au Salon du livre de Paris tous les écrivains roumains disent “Non, nous n’y allons pas”, on change quelque chose. Quand tu fais une manif autour du Parlement roumain, l’art c’est pas à côté de toi, c’est de l’autre côté, avec le pouvoir politique (ndlr Le musée d’art moderne de Bucarest se trouve dans le même bâtiment que le Parlement roumain). C’est pour cela que je dois être décisif !

L’exposition “Dessiner Cioran” et l’installation de Dan Perjovschi sont ouvertes au public jusqu’au 27 avril au Musée de l’Histoire de l’Immigration, Palais de la Porte Dorée, Paris 12ème.

La galerie Michel Rein représente l’oeuvre de Dan Perjovschi à Paris.

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