Je suis Roumain (aussi)

Vasile, Moldave et Roumain (aussi)

En 1993, Vasile est arrivé à Paris, en tant qu’étudiant bénéficiaire du programme Tempus. Vingt ans plus tard, il est dirigeant d’une société spécialisée dans la vente d’accessoires pour les téléphones portables. C’est dans son bureau, rue Richer, dans le neuvième arrondissement de la capitale, que nous avons été reçus par Vasile afin d’évoquer son parcours. De Chisinau à Paris : témoignage.

Une société égalitaire et démocratique

Après deux ans d’études universitaires à l’Académie de sciences économiques de Moldavie, Vasile a obtenu une bourse pour venir étudier en France, à l’Université Paris-Sud : “Il y avait quatre places offertes cette année-là, par l’Université Ioan Cuza de Iasi (ndlr en Roumanie)”. Malgré les différences qu’il a pu remarquer à Paris, Vasile a trouvé assez rapidement sa place en France : “En Moldavie, l’étudiant est plus pouponné, il est dans un moule, il suit ses camarades… Alors qu’en France, il faut toujours chercher l’information et chacun lutte pour soi”. Cette expérience en dehors de son pays natal a permis à l’étudiant de se poser des questions sur le mode de fonctionnement de la société moldave : “En France, j’ai découvert une société qui offrait des opportunités. C’est un pays où, quand tu as des capacités, tu peux arriver à faire des choses. En Moldavie, si tu n’es pas le fils de quelqu’un d’influent, tu as beaucoup moins de chances de réussir”.

En 1993, Vasile est venu étudier en France, dans le cadre du programme Tempus

En 1993, Vasile est venu étudier en France, dans le cadre du programme Tempus

“2+2 feront toujours 4”

Au bout de 11 mois, Vasile était censé rentrer dans son pays natal : “Je n’ai pas voulu y retourner, se souvient-il, parce que la situation commençait à se détériorer sérieusement en Moldavie”. Le jeune homme poursuit ainsi ses études à Sceaux, à l’Université Paris-Sud (Paris 11), où il entame une licence d’économie. Un an après, il décide de se réorienter vers la filière informatique : “J’ai voulu me spécialiser dans un domaine qui me plaisait et qui était encore plus égalitaire : 2+2 feront toujours 4”. Il enchaîne avec une maîtrise d’Informatique appliquée à la gestion des entreprises, suivie par un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) à l’Université Paris Diderot (Paris 7) : “Ça a été difficile financièrement, mais je me débrouillais : je donnais des cours, distribuais des tracts… Mais toute expérience de ce genre est positive…ça forge le caractère, ça permet de faire des efforts”.

“En France il n’y a pas cette notion d’ethnie”

Prêt à intégrer le marché du travail français, Vasile est embauché dans une société d’informatique, en tant qu’ingénieur développeur : “C’était à la fin des années 90, début des années 2000, pendant la bulle Internet”. Quatre ans plus tard, le jeune homme décide de démarrer sa propre affaire : “Le jour où j’ai reçu la carte de résident de 10 ans, j’ai démissionné et j’ai ouvert la société Wexim, que je dirige depuis”. Même si, au début, Vasile voulait faire de l’import-export avec la Roumanie, Wexim est aujourd’hui spécialisée dans la vente d’accessoires et pièces détachées pour les téléphones portables: “Cela ne marche plus aussi bien qu’il y a quelques années, mais ça permet quand même de travailler”.

Depuis son arrivée en France, Vasile a côtoyé à la fois les communautés roumaine et moldave dans la capitale. Et lorsqu’on lui demande “Tu viens d’où ?”, la réponse n’est pas facile : “Je suis d’ethnie roumaine, mais je suis arrivé avec un passeport moldave, parce que je suis né dans l’ex URSS, dans la République de Moldavie. En France, il n’y a pas cette notion d’ethnie, les gens s’en foutent en général”.

“Le jour où j’ai reçu la carte de résident de 10 ans, j’ai démissionné et j’ai démarré ma propre affaire"

“Le jour où j’ai reçu la carte de résident de 10 ans, j’ai démissionné et j’ai démarré ma propre affaire »

Et la Moldavie dans tout ça ?

Jusqu’en 1944, la Bessarabie (actuelle République de Moldavie) a fait partie intégrante de la Roumanie. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, le territoire est passé sous domination soviétique, jusqu’en 1991, année où la République de Moldavie a proclamé son indépendance.

Les choses ont empiré en Moldavie, avoue Vasile. Par exemple pour avoir un bon poste, il faut parfois même payer pour l’obtenir”. Comme la plupart de ses compatriotes, Vasile est très impliqué dans la vie de la communauté moldave, qu’il qualifie de “militante” : “Avec notre groupe de moldave à Paris, on essaie de faire des actions avec la communauté roumaine. Une bonne partie des Moldaves se considèrent Roumains”.

En ce qui est de l’avenir de la République de Moldavie, le jeune homme se montre réservé. Au-delà de la réunification avec la Roumanie et l’intégration dans l’Union européenne, Vasile souhaite surtout une réelle démocratie pour son pays : “Il est essentiel de poursuivre ce processus d’européanisation : avoir un état de droit, éradiquer la corruption, avoir des lois qui sont respectées”. Pour cela, une pression civique, et notamment dans la diaspora, est indispensable : “En 2009, lors de la Révolution Twitter, les Moldaves sont sortis dans la rue, devant les ambassades. Le pouvoir communiste n’a pas pu rester en place grâce à la tension créée en Europe et dans la communauté moldave. Ce qui se passe maintenant avec Rosia Montana, c’est un bon signe pour la société roumaine. Ce sont des demandes qui viennent d’en bas et qui arrivent à réveiller les citoyens”.

Français – non Parisien – oui

Installé à Paris depuis maintenant une vingtaine d’années, Vasile n’a jamais envisagé de demander la nationalité française. Mais depuis quelque temps, il est devenu citoyen roumain : “Il devrait y avoir une procédure très simple, juste une confirmation de la citoyenneté roumaine aux Moldaves (puisqu’elle avait été enlevée par le pouvoir communiste). Malheureusement, la Roumanie est partie sur une voie bureaucratique – on n’a pas à passer le test de langue, sinon c’est presque la même procédure que pour un étranger”.

Pour l’avenir proche, Vasile compte bien rester dans la capitale française : “Plus le temps passe, plus je me sens un peu comme un étranger en Moldavie”. En échange, il est très lié à sa ville d’adoption : “Je me considère Parisien. Aujourd’hui je dis – Paris c’est ma ville !”

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