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Rencontre avec Erwin Albu : « Je ne peux pas accepter l’idée que la résignation soit une caractéristique du peuple roumain »

Nous avons rencontré Erwin Albu en août dernier, alors qu’il se préparait à démarrer sa campagne de signatures pour s’inscrire aux élections européennes en tant qu’indépendant. Depuis, il participe aux manifestations pour sauver Rosia Montana, notamment à Brasov, où il a été victime d’agressions à plusieurs reprises, lors des interventions brutales des forces de l’ordre. Aujourd’hui, Erwin a décidé de mettre entre parenthèses sa participation aux Européennes et de se consacrer entièrement au mouvement de protestation qui se déroule en Roumanie et dans les diasporas roumaines depuis le 1er septembre. Militant engagé, il est prêt à tout sacrifice pour atteindre son but et apporter le changement si nécessaire dans la société roumaine. Rencontre.

Erwin

Manifestation à Brasov pour la protection du site Rosia Montana

Café des Roumains : Vous êtes bien connu dans le milieu des activistes roumains, notamment après les manifestations organisées contre la fermeture de l’hôpital Codlea (en Transylvanie), mais aussi suite aux nombreuses actions que vous avez menées ces dernières années afin de dénoncer la corruption de l’administration dans la région de Brasov. D’où vient cet esprit militant et comment arrivez-vous à mobiliser les gens ?

Erwin Albu : Depuis que j’étais petit, j’ai toujours été réactif et j’ai pris l’habitude de questionner tout ce qui se passait autour de moi. J’ai également eu la chance d’avoir été élevé dans un milieu cosmopolite, étant très proche de la communauté saxonne à Codlea (ndlr Plus de 350 000 Saxons vivaient en Transylvanie avant la Révolution de 1989. Ils sont moins de 80 000 à y rester aujourd’hui). Quand j’étais ado, les amis me disaient “Tu es né vieux !”. A 23 ans, je suis devenu conseiller à la Mairie de Codlea et au bout de deux mandats j’ai démissionné, en 2011.

Pour mobiliser les gens, la meilleure chose à faire est d’être transparent avec sa vie personnelle, avec ses objectifs. Même si une prise de conscience au niveau des citoyens existe, il y a également une sorte de résignation fatidique. Cette dernière est à mon avis une conséquence du système éducatif roumain, qui encourage le manque de créativité et d’initiative. Les Roumains se sont presque habitués à voir que les choses ne vont pas dans la bonne direction, ou que les autorités ne sont pas capables d’apporter des solutions aux problèmes. Les Roumains se sentent souvent impuissants, mais il faut garder à l’esprit que les actions de chaque individu peuvent influencer l’évolution des choses (il s’agit tout simplement de l’effet papillon). Je ne peux pas accepter l’idée que la résignation soit une caractéristique du peuple roumain.

Café des Roumains : Une proposition inédite que vous avez faite en début de cette année a été celle d’effectuer des travaux communautaires plutôt que de payer les taxes et impôts publics. D’où est venue l’idée ?

Erwin Albu : Au départ, c’était un geste de protestation. Je ne veux plus contribuer au budget local parce que la gestion de l’argent public est catastrophique (même si je suis conscient que l’on a besoin d’un budget public). De plus, je pense que ce serait une solution équitable pour ceux qui sont dans l’impossibilité de payer leurs dettes à l’Etat. C’est aussi une modalité de rendre le citoyen plus impliqué dans la vie de la communauté, ce qui est censé déterminer une attitude plus responsable de la part des dirigeants politiques. L’initiative a eu un fort impact sur la Toile, j’ai été contacté par plusieurs associations qui œuvrent pour réaliser une reforme du système des impôts.

Café des Roumains : Une autre cause pour laquelle vous militez est celle de l’intégration de la population rom en Roumanie. Pensez-vous qu’une solution rapide pourrait être trouvée afin d’améliorer la situation de cette communauté?  

Erwin Albu : La fondation avec laquelle je travaille (ndlr Transylvanian Community Solutions) a pour objectif d’apporter des solutions pour un développement durable des communauté locales en Roumanie, et principalement en Transylvanie. Nous encourageons notamment le développement rural de ces régions, ce qui apporterait des solutions aux catégories défavorisées. En ce qui concerne la population rom, nous devons regarder la racine du problème : les Roms ne peuvent pas mener une vie décente en Roumanie et cela constitue un échec de l’Etat roumain. Pourtant, il s’agit aujourd’hui d’un problème européen et l’UE doit assumer sa responsabilité. Les approches simplistes du type “On ferme nos frontières, on les jette dehors” ne font pas avancer les choses. Mais je pense que résoudre la situation des Roms est un combat que nous allons mener pendant des longs années, parce que nous avons commencé très tard.

Café des Roumains : Pourquoi avez-vous envisagé d’être candidat indépendant aux élections européennes de mai 2014 ?

Erwin Albu : J’ai voulu être candidat aux Européennes parce que je considère que les besoins de la Roumanie ne sont pas correctement représentés au sein de l’UE. Et j’ai voulu être candidat indépendant pour montrer la rigidité du système face aux initiatives venues de la part de simples citoyens, qui ne font pas partie d’une structure politique influente (ndlr Selon la loi roumaine, tout candidat indépendant doit recueillir plus de 100 000 signatures pour s’inscrire aux élections européennes). Conformément à la Constitution, tout citoyen a le droit d’élire et d’être élu. Techniquement, la démarche est presque impossible pour les personnes non-affiliées à un grand parti politique. De plus, à 10 mois du scrutin, le formulaire pour recueillir des signatures n’est pas encore disponible.

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Café des Roumains : Vous gardez des liens proches avec la Grande Bretagne, pays où vous retournez souvent. Comment expliquez-vous la campagne contre les immigrés roumains, lancée ces derniers temps par la presse et une bonne partie de la classe politique britannique ?

Erwin Albu : A Londres, j’étais souvent choqué par les articles de presse que je retrouvais au sujet de la communauté roumaine. Dans les discutions avec mes amis britanniques ou lorsque nous étions devant la télé, j’ai été souvent amené à intervenir pour dire “je suis roumain, aussi”. Je suis en contact avec les diasporas de plusieurs pays d’Europe. Au mois de mai, j’ai fait un voyage à vélo, de Brasov à Bruxelles, en passant par la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas. Tout au long du trajet, j’ai arboré un drapeau roumain et je n’ai pas eu de soucis particuliers. J’espère pouvoir refaire ce voyage bientôt et cette fois-ci, passer par Paris également.

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