Je suis Roumain (aussi)

Irina : de Bucarest à Paris, portrait d’une portraitiste atypique

Il y a 15 ans, Irina a décidé de quitter Bucarest, sa ville natale, pour venir s’installer à Paris. Sans parler un mot de français, mais apportant ses rêves dans ses bagages, la jeune femme s’est retrouvée immergée dans une culture qu’elle s’est mise à découvrir petit à petit. Une belle aventure qui, depuis, n’a pas manqué de sel…

Hello Paris !

Je suis arrivée en France par hasard, commence Irina. J’ai rencontré quelqu’un à Bucarest, qui allait être mon mari plus tard. Il a essayé de s’installer là-bas avec moi, mais c’était très compliqué pour lui”. Le fait de ne pas parler le français n’a pas fait peur à la jeune Irina, qui s’est tout de suite lancée dans la course pour trouver un stage à Paris : “Je rêvais d’être artiste, mais j’ai décidé de m’orienter vers quelque chose de plus « alimentaire », alors j’ai choisi le graphisme”. Après avoir envoyé une quantité importante de CV en anglais, Irina a fini par recevoir une réponse d’une boîte de production, basée à Paris : “Ce n’était pas un “oui, venez quand vous voulez”, mais c’était déjà un retour. Alors, évidemment, je n’ai pas lâché l’affaire”. La ténacité de la jeune Roumaine a vite payé et Irina s’est vue proposer un stage de trois mois en tant que graphiste : “Le premier jour, je pensais que tout le monde parlais l’anglais dans la boîte. J’ai débarqué en pleine réunion de début d’un projet, je n’ai rien compris du tout”. Fort réactive, au bout de quelques semaines, Irina a réussi à s’intégrer et à s’habituer à sa nouvelle vie parisienne : “Mon stage s’est très bien passé, il a été prolongé de trois mois supplémentaires. Ils ont été gentils avec moi, j’ai eu de la chance”.

Des nuances qui font toute la différence

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“Les différences sont plus liées à un vécu, à un niveau de vie qui n’est pas le même, à un accès beaucoup plus facile à ses rêves…”

D’une nature ouverte et positive, Irina avoue ne pas avoir eu beaucoup de difficultés d’intégration dans la société française… ”Sauf peut-être quand j’étais enceinte, se souvient-elle. J’avais des envies de nourriture roumaine, surtout de telemea (fromage de brebis). Je ne connaissais pas les boutiques roumaines à Paris, alors j’ai demandé à ma mère de m’en envoyer”.

En ce qui concerne les différences culturelles entre la Roumanie et la France, Irina estime ne pas en avoir remarqué énormément, plutôt des nuances qui tracent les écarts : “Les différences sont plus liées à un vécu, à un niveau de vie qui n’est pas le même, à un accès beaucoup plus facile à ses rêves”. Avec un peu de recul, Irina s’est aperçue qu’elle avait un peu de mal à intégrer certains concepts français dans sa propre philosophie de vie : “J’ai l’impression que les Français aiment rendre les choses très compliquées, là où elles pourraient être très simples… Au lieu de faire un choix, ils sont là en train de réfléchir, de tourner la chose dans tous les sens, de demander à gauche, à droite, avant de tout remettre à plat”.

Roumaine pour toujours ?

A son arrivée en France, Irina ne côtoyait pas beaucoup de Roumains. Mais il y a 12 ans, elle a rencontré une photographe franco-roumaine qui est devenue son amie et associée au sein du studio Salez Poivrez : “Je l’ai appelée, je lui ai dit “je suis Roumaine, toi aussi…tu veux qu’on soit amies ?” Et elle m’a dit oui”.

Même si elle retourne souvent voir ses amis à Bucarest, la jeune femme ressent l’éloignement de son pays natal : “Je suis un peu déconnectée de la Roumanie, même si je n’aime pas l’idée. Mais c’est toujours une histoire de regard intérieur contre le regard extérieur. Tous les deux sont des réalités déformées. Mes amis qui vivent à Bucarest ont l’impression que la vie ailleurs est meilleure. Moi, j’ai l’impression qu’ils ont tort, que c’est ni mieux, ni moins bien. C’est juste différent, ou pas si différent que ça finalement…”.

En 2011, Irina Teodorescu a sorti son premier livre : “Treize”, aux éditions Emue, un recueil de nouvelles et portraits : “Je l’ai écrit en français, parce que ça m’est venu en français”. Son deuxième livre est actuellement en phase de relecture. Sans vouloir dévoiler trop de détails, Irina nous a quand même confié : “Cette fois-ci, l’action est beaucoup plus tournée vers la Roumanie”.

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L’exposition “Des portraits qui ne vous ressemblent qu’un peu” est ouverte jusqu’au 12 octobre au salon L’autre Thé, Paris 14e

Partagée entre ses deux passions – le texte et l’image – Irina est également l’auteure de l’exposition “Des portraits qui ne vous ressemblent qu’un peu”, au salon L’autre Thé, Paris 14ème : “A côté du portrait dessiné, j’écris une courte prédiction. C’est comme un horoscope, même si je ne lis pas dans les étoiles ou dans les paumes de la main… A la limite on peut dire que je lis dans les yeux”.

Franco-roumaine depuis plusieurs années, Irina se pose depuis longtemps des questions sur l’évolution de son identité : “Je suis partie à 18 ans de Bucarest pour Paris. Lorsque cela fera 18 ans que je suis en France, je me suis toujours demandé si à ce moment-là, je serai plus Française ou plus Roumaine. Mais je pense que je resterai Roumaine toute ma vie”.

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