Manifestations

Rosia Montana : les experts en patrimoine demandent la démission du ministre de la Culture

Le lendemain de la quatrième journée de mobilisation internationale contre le projet minier à base de cyanure à Rosia Montana, les associations de défense du patrimoine ont organisé une conférence de presse à Bucarest, afin de dénoncer les dernières déclarations du ministre de la Culture Daniel Barbu, ainsi que les propos contenus dans le communiqué de presse publié le 16 septembre dernier sur le site du ministère.

“Le point de départ de la conférence de presse a été la position du ministre Daniel Barbu, que l’on qualifie de désinformation, par rapport au patrimoine historique à Rosia Montana” a lancé Roxana Wring, Présidente de l’association Pro_Do_Mo. En effet, le ministre Barbu avait affirmé dans plusieurs interventions télévisées, qu’aucun dossier concernant l’introduction du site sur la liste de l’Unesco n’avait été déposé au ministère. La documentation présentée par les experts en patrimoine a montré le contraire (trois dossiers ont été déposés au ministère et enregistrés par celui-ci, en 2009, 2010 et 2011). Daniel Barbu avait également déclaré que la valeur du patrimoine à Rosia Montana n’était pas assez élevée pour que le site soit protégé par l’Unesco, mais que cela pourrait être envisageable une fois le projet minier achevé.

Cerere_11.06.2009

Serban Cantacuzino, architecte renommé et fondateur de Pro Patrimonio, a précisé qu’un rapport sur la valeur du patrimoine à Rosia Montana a été réalisé en 2010 par trois experts britanniques. Même si les frais pour cette étude ont été supportés en grande partie par Pro Patrimonio (environ 10 000 livres), le ministère de la Culture refuse de rendre publiques les conclusions du rapport. En vertu de la loi sur la transparence (52/2003), la fondation a entamé des poursuites judiciaires contre le ministère et les trois archéologues, auteurs de l’étude. “Nous estimons que le rapport contient des informations qui témoignent de l’unicité du site archéologique à Rosia Montana et qui bloqueraient le projet minier de RMGC (Gold Corporation)”.

Stefan Balici, vice-président de l’association ARA, a rappelé le consensus de la communauté scientifique internationale à l’égard du patrimoine à Rosia Montana : “Depuis 2002, l’ICOMOS (organe consultatif de l’UNESCO) a émis lors de chaque réunion une résolution concernant Rosia Montana, demandant aux autorités nationales de démarrer les démarches pour l’introduction du site sur la liste du patrimoine mondial protégé par l’Unesco”. Cette année, Europa Nostra a inclus Rosia Montana sur la liste des sept monuments les plus en danger au monde. M. Balici a également mis l’accent sur la ressemblance entre l’argumentation contenue dans le communiqué de presse émis par le ministère, et une plainte déposée par la multinationale Gold Corporation à l’encontre des experts en patrimoine. « Cela montre bien que le communiqué de presse a été rédigé par le personnel de RMGC et non pas par celui du ministère » a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le Premier ministre Victor Ponta a été lui-aussi accusé de plagiat, après avoir tenu des propos très similaires à ceux du directeur de RMGC, au sujet du danger que représente l’exploitation à base de cyanure.

Selon Serban Sturdza, vice-président de l’Ordre des architectes roumains, il s’agit d’une lutte entre deux écoles : une extrêmement pragmatique, qui place le patrimoine au second plan, et une autre école qui propose des solutions alternatives à l’épuisement des ressources (notamment à travers les projets de restauration des maisons déroulés par l’association ARA). M. Sturdza a également critiqué les déclarations de la ministre de l’Environnement, Rovana Plumb, qui a parlé de “générosité” de la part de la compagnie Gold Corporation, alors que la loi roumaine impose aux investisseurs d’effectuer des investigations avant de démarrer un projet (OG 43/2000).

Caroline d’Assay, présidente de Pro Patrimonio France, a évoqué le danger que ce projet minier à base de cyanure constitue pour les communes voisines à Rosia Montana. Trois fabriques de meuble ont déjà annoncé qu’elles devraient arrêter l’activité dans la région si le projet minier démarrait, compte tenu des risques pour la santé et de l’environnement contaminé. Ceci se traduirait par la disparition de plus de 1 000 emplois.

Très difficilement joignable par téléphone, l’ambassadeur roumain à l’Unesco, M. Nicolae Manolescu, n’a eu aucune prise de position pour le moment, en ce qui concerne le patrimoine culturel à Rosia Montana.

Alors que le mouvement de protestation s’est intensifié ces derniers jours dans la région des Monts Apuseni, Eugen David, président de Alburnus Maior, a déclaré : “Si le travail a été commencé à Bucarest et Cluj et continué à travers le monde, il serait honorable que l’on finisse dans le pays des moti”.

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