Dossiers

Rencontre avec Grégory Rateau : “A force de montrer des Roumains qui évoluent dans différentes sphères sociales, la communauté va finir par se faire entendre”

par Madalina Alexe

Après avoir réalisé une série de courts-métrages autour du poids de l’art dans l’évolution des individus, Grégory Rateau a décidé de partir à la découverte de cultures étrangères à travers ses nouveaux projets cinématographiques, dont “Ziad”, court-métrage tourné au Liban et présent à Cannes cette année. Animateur du ciné club La Pagode (Paris 7ème), réalisateur/scénariste et professeur de direction d’acteur et de scénario, Grégory Rateau témoigne de la condition de l’artiste aujourd’hui, du communautarisme et la discrimination positive qu’il engendre en France, ainsi que de la marginalisation des Roumains dans la société française.

Cafedesroumains : Vos premières productions cinématographiques (“L’empreinte des lieux”, “Les larmes blanches”, “Du premier au dernier regard”) ont comme thème récurrent l’art, en tant qu’unique moyen de s’échapper à la matérialité. Pourquoi avoir choisi cette approche ?

G.R. : Je suis parti d’une phrase de François Truffault, qui disait “Le film de demain doit être proche de son réalisateur”. A chaque fois, il s’agit d’une partie de mon vécu personnel. Ma famille n’a jamais accepté que je choisisse l’art. Ils pensent que je suis quelqu’un d’arrogant, d’égoïste, ou que je perds mon temps…Dans “Du premier au dernier regard”, que j’ai réalisé pour le musée du Louvre, je décris une expérience personnelle : le moment où, en tant que gamin venant de la banlieue parisienne, je découvre les musées de la Capitale. Il est vrai qu’en vivant en banlieue, on est très éloigné de la culture, il y a peu de projets culturels menés en dehors de Paris.

Cafedesroumains : Quels souvenirs gardez-vous de cette enfance passée en banlieue parisienne ?

G.R. : Quand on vit en banlieue, le communautarisme est très présent, tout le monde est raciste avec tout le monde. En centre aéré, on nous mettait par camps : les Blancs contre les Arabes, les Arabes contre les Noirs etc. Aujourd’hui on remarque un phénomène inversé – la discrimination positive – notamment dans le domaine de l’art. On essaie de plus en plus de mettre en avant des cultures différentes dans des films, en musique, pour valoriser ces communautés. C’est ce qui s’est passé avec le rap, par exemple, la société a décidé de laisser la parole aux jeunes, afin d’éviter la violence dans les quartiers.

Cafedesroumains : Et n’est-ce pas une bonne solution ?

G.R. : A long terme, cette solution ne peut pas tenir la route. On laisse les jeunes s’exprimer, mais en les muselant, en les mettant dans des cases. Dans les films, les jeunes de banlieue sont toujours montrés comme des personnes en difficulté. Cela tombe tout le temps dans l’autodérision et ne fait pas avancer les choses. Il y a une sorte de cinéma social, dans lequel à chaque fois que l’on met une communauté en valeur, on doit se justifier. Le pouvoir du cinéma, de la télévision et de la presse joue énormément sur le renouvellement, sur les mentalités qui évoluent. On l’a vu aux États-Unis, où l’on montrait depuis longtemps des films avec un président noir. En revanche, dans le cinéma français, les Noirs n’ont pas d’existence.

Cafedesroumains : Qu’en est-il de la représentation des Roumains en France ?

G.R. : Je pense que la communauté roumaine est l’une des plus visée par le racisme aujourd’hui. La culture roumaine est inexistante en France, les Roumains sont complètement marginalisés. Même entre eux, je pense qu’il y a une espèce d’honte d’appartenir à la communauté. Peu de Roumains qui arrivent à s’en sortir mettent en avant leur origine, parce qu’ils ont peur d’être freinés à cause de celle-ci. De plus, les Roumains de France n’ont pas une tribune pour s’exprimer librement. Mais je suis persuadé qu’à force de montrer des Roumains représentatifs de la communauté, celle-ci arrivera à se faire entendre et à parler de ce qu’ils peuvent apporter à ce pays.

Cafedesroumains : Quel regard portez-vous sur la culture roumaine ?

G.R. : Quand je suis parti en Roumanie, mes proches se sont demandés ce que j’allais faire là-bas… Avec ma fiancée, nous avons remonté le Danube et découvert des lieux paradisiaques. De plus, la culture roumaine est très proche de la française, notamment en ce qui concerne Bucarest. Le cinéma roumain apporte un regard complètement neuf. C’est un cinéma épuré, très maîtrisé, avec une mise en scène rigoureuse. C’est peut-être grâce au cinéma et aux festivaliers que les gens vont avoir de plus en plus envie de découvrir la Roumanie. Je pense que c’est un pays qui fascine, malgré tout, notamment pour ce cadre fantastique, des contes et légendes. Mon futur projet de film portera d’ailleurs sur les contes roumains qui, à la différence des contes français, sont plus directs et peuvent sembler plus brutaux. On sait que les contes résument tout l’enseignement de la vie et je pense que les contes roumains sont représentatifs des Roumains, de leur combativité. Ils peuvent paraître agressifs au premier abord, mais ce n’est qu’une carapace. On voit la sensibilité de la culture roumaine dans la littérature, la poésie. A nous d’aller chercher, à travers ce documentaire, dans quelle mesure les contes, ces récits lointains, pèsent sur l’évolution des enfants roumains aujourd’hui.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s