Minorités

Christiane Taubira à la Sorbonne: «L’égalité n’est pas négociable»

par Fabien Carlat

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, était hier soir dans l’amphi Richelieu de la Sorbonne pour échanger avec les étudiant-e-s. Une rencontre organisée par l’association Animafac, sur le thème de « La République et l’égalité des droits ». Vaste programme. D’entrée de jeu, la Garde des Sceaux a prévenu l’assistance de son goût pour le dialogue : « Je vais vous picorer, vous butiner », lance-t-elle. 

Dans son discours introductif, Christiane Taubira présente sa vision de la République : ce n’est pas quelque chose de « figé », mais plutôt « un pari sur l’avenir », un « acte de confiance » pour, ensemble, « être capables de se combattre sans se déchirer ».  « Dans une société plurielle, il y a des différends. » « Je crois profondément à la République comme idéal et comme horizon. » Pour autant, l’ancienne députée de Guyane n’oublie pas de rappeler « les contradictions » de la République : c’est aussi au nom du principe d’égalité qu’ont été commis des horreurs des colonisations telles que meurtres, crimes et pillages.

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« Communautarisme »

Vient rapidement le temps des questions. Le mot « communautarisme » est lâché, et Christiane Taubira remet en question cette notion : « Je ne crois pas au risque communautariste en France. Je ne le promeus pas. Il n’y a pas de communautarisme en France. Ce qu’on appelle ainsi, ce sont des pratiques de solidarité organisées pour pallier la disparition des services publics. Cela se fait sous la forme associative, avec peu de moyens, ou de manière plus informelle. Cependant il ne faut pas sous-estimer les dangers du fait que dans certains endroits la puissance publique soit remplacée par des prêcheurs. La loi s’applique à tous et il ne saurait y avoir de pouvoirs intermédiaires. »

Selon la ministre, « les réponses » à ces situations problématiques ont souvent été contre-productives et « ont consolidé les exclusions. » Elle insiste sur la nécessité de l’éducation publique, de la formation, de l’emploi, de la mobilité, de la circulation.

Laïcité et discriminations positives

Christiane Taubira en vient à parler de la laïcité et rappelle que « la loi de 1905 ne fait pas la guerre aux religions. La laïcité est un principe de concorde. »

Sur la parité, elle dit : « Cette loi me dérange, malheureusement, elle est indispensable ». Sur la discrimination positive en faveur des minorités ethniques, c’est autre chose : « Je me suis interrogée pendant 6 mois », mais elle en a conclu que « la Nation française est plus forte que les désirs de séparation… » et que compte  tenu de l’Histoire de France, des quotas ne sont pas une bonne solution contre les discriminations raciales.

Au sujet des droits des femmes, elle rappelle que leur exclusion est basée sur « des légendes, des faux ». « Vous savez que la loi salique est basée sur des faux ? », demande-t-elle. Le trône de France aura ainsi toujours été occupé par des hommes, tandis que d’autres sociétés, « y compris précolombiennes et précoloniales » ont été dirigées par des reines.

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« Battez-vous ! »

Au cours de la session, Taubira aura cité Frantz Fanon (« Il ne faut pas essayer de fixer l’homme puisque son destin est d’être lâché. »), Oscar Wilde, Edouard Glissant, Jean Jaurès et René Char. Elle rebondit également à la question d’une étudiante sur les « petites corruptions » dans les écoles doctorales en y voyant une référence au recueil du même nom de l’écrivaine haïtienne Yannick Lahens.

Elle suggère à cette étudiante de faire valoir ses droits en combattant de manière organisée et constituée (représentation étudiante), plutôt qu’en déposant des plaintes qui sont des procédures lourdes.

De même, aux jeunes membres du collectif Stop le contrôle au faciès, elle répond, sur l’abandon par le gouvernement des récepissés de contrôle d’identité : « Battez-vous ! ». Elle dit qu’elle s’est battue pour cette cause, mais que le Premier ministre a tranché pour un « Code de déontologie ».

Elle n’hésite pas à mettre en avant ses actions à la Chancellerie, comme la loi sur le harcèlement sexuel ou l’augmentation de l’indemnité journalière pour les familles d’accueil de mineur-e-s délinquant-e-s.  Pour elles-eux, elle prône les actions de « réparation » plutôt que de punition, et des placements en milieu ouvert (foyer…) plutôt qu’en centre éducatif fermé (CEF).

De nombreux thèmes sont donc abordés : le dernier, « le mariage pour tous », manque de passer à la trappe. Un militant de « La Manif pour tous » (opposé au projet de loi Taubira) prend la parole sans autorisation, criant un texte qui reprend les phrases habituelles de son bord idéologique. Il est soutenu par une demi-douzaine de jeunes en sweat rose qui entonnent la Marseillaise, mais les perturbateurs sont hués par la majorité de la salle, notamment des jeunes qui crient avec humour « Oui ! Oui ! Oui ! ».

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Taubira reprend la parole. Sereine, elle assène que l’égalité n’est pas négociable. Elle demande à cet homme d’imaginer que son futur enfant soit homosexuel. Elle lui reproche également d’avoir pris la parole de manière intempestive, privant ainsi de parole d’autres personnes. Pas un signe du goût de la démocratie, selon la ministre.

Christiane Taubira a été accueillie par une standing ovation, elle repart également acclamée, et, à sortie de l’amphi, les jeunes se bousculent pour une photo souvenir avec elle.

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Une réflexion sur “Christiane Taubira à la Sorbonne: «L’égalité n’est pas négociable»

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