Minorités

Briser les tabous

La Roumanie sera cette année l’un des 8 pays européens où l’on célèbre le Mois de l’Histoire LGBT. L’évènement se déroule chaque année en février et a pour but principal de mieux faire connaître les membres de la communauté LGBT, à travers des expositions d’art contemporain, des documentaires, séances cinéma, pièces de théâtre ou ateliers-débats. 

Dans une société conservatrice et profondément orthodoxe, tel que la société roumaine, cet évènement ne pourrait pas passer inaperçu. La polémique éclate fin janvier, au moment où l’association ACCEPT, organisatrice de l’évènement, annonce parmi ses partenaires Muzeul Taranului Roman (MTR, ndlr Le Musée du Paysan Roumain). Il s’agit de l’un des plus anciens musées à Bucarest, dont le fondateur avait déclaré quelques années auparavant : “Je suis au courant du fait que le monde est gouverné par une mafia homosexuelle, mais cela ne devrait pas nous impressionner autant”.

Dans ce contexte de méfiance et rejet de la communauté LGBT, la colère des représentants religieux et des associations à caractère nationaliste n’est pas venue comme une surprise. Dans leur lettre ouverte, adressée au directeur du MTR, M. Virgil Stefan Nitulescu, les signataires désignent la participation du musée au Mois de l’Histoire LGBT comme étant une “malheureuse propagande homosexuelle” et un “moyen de rééducation publique des jeunes”, tout en rejetant toute stigmatisation de l’homosexualité. On évoque aussi l’influence étrangère sur les “valeurs traditionnelles chrétiennes”, en rappelant les principaux partenaires de l’événement: l’Ambassade des Pays-Bas à Bucarest, la fondation ERSTE, l’Ambassade des Etats-Unis, l’Institut Français de Bucarest.

Un autre partenariat a fait monter la tension dans ce Mois de l’Histoire LGBT, soit celui conclu avec le lycée George Cosbuc de Bucarest. La semaine dernière, les élèves ont organisé une marche contre la discrimination des minorités sexuelles, mais une bonne partie des parents ne se sont pas réjouis de cette initiative. Le Ministère de la Culture roumain a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Dans la législation roumaine, l’homosexualité n’est plus un délit depuis 2002. Malgré cela, aujourd’hui encore, l’homosexualité est souvent présentée dans la presse roumaine comme quelque chose d’illégal. Ça a été le cas, le mois dernier, quand les médias ont parlé des “cas de lesbianisme” parmi les handballeuses roumaines.


ActiveWatch, l’ONG qui oeuvre pour assurer une communication libre dans l’intérêt publique, a été le seul à saluer la participation du MTR au Mois de l’Histoire LGBT 2013.

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MICRO-TROTTOIR

Bob, photographe globe-trotter, Cluj

“Les Roumains regardent les gays comme étant des personnes malades et beaucoup d’entre eux se signent en croisant un gay dans la rue. La plupart du temps, j’essaie d’éviter les endroits bondés, sinon à la fin de la journée je sens une très forte énergie négative, qui conduit parfois à la dépression. C’est parce que tout le monde a les yeux sur toi et si tu es avec un autre gay, c’est encore plus difficile de se cacher. Mais bon, ils deviennent rarement violents, la plupart du temps ils se disent que tu dois être le Diable.

Je pense que je ne serais jamais en faveur du mariage gay. Le mariage est une invention de l’église et il est destiné aux hétérosexuels. Cela serait encore moins envisageable en Roumanie, où la plupart des gays cachent leur homosexualité.

Pour conclure, j’ai remarqué une différence entre les jeunes roumains qui sont souvent homophobes, voire violents, à la différence de leurs parents, qui ont juste peur et se méfient de quelque chose qu’ils ne connaissent pas.”

Georgiana, responsable projets artistiques, Paris

“D’une manière générale, l’homosexualité est vue en Roumanie avec beaucoup de réticence. La réticence vient d’un manque d’accès à l’information, des préjugés qui existent dans la société, mais aussi de la stupidité de certains. Je connais des femmes qui sont contre les gays, parce qu’elles estiment qu’à cause d’eux, il n’y a pas assez d’hommes pour toutes les femmes…:)

Je n’irais pas au Mois de l’Histoire LGBT, car cela ne fait pas partie de mes centres d’intérêt. Mais je suis pour le mariage des couples homosexuels, et notamment pour leur droit à l’adoption. Mais bon, ça va arriver dans très-très longtemps en Roumanie, j’imagine…”

 Lucia, étudiante, Fresnes

“J’ai beaucoup de respect pour ceux qui ont le courage de lutter pour défendre leurs droits. Chacun devrait avoir le droit de vivre sa vie comme bon lui semble. Honnêtement, je pense que beaucoup d’hommes hétérosexuels ont des choses à apprendre des homosexuels. En ce qui concerne l’évolution de la loi roumaine, cela me semble très difficilement envisageable. Avec l’influence de la religion sur la société entière, même ouvrir le débat me paraît impossible…”

 Andreea, étudiante en cinéma, Paris

“L’homosexualité en Roumanie est souvent vue comme une maladie, ou dans le meilleur des cas un trend imposé par une société “pervertie”. Je pense que cela est du à la forte influence de la religion et aux tabous imposés par le communisme. Les Roumains ne sont certainement pas prêts pour accueillir une évolution de la loi. L’annonce d’une loi autorisant le mariage gay les révolterait encore plus que celui d’un tarif doublé pour l’électricité ou de la suppression du système de retraites. Enfin c’est l’opinion des gens que je connais en Roumanie. Personnellement, j’irais avec beaucoup d’intérêt au Mois de l’Histoire LGBT.”

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